Devant l'incitation de plus en plus forte, de considérer et de traiter les médicaments comme une simple marchandise de grande surface, de nombreux pharmaciens interpellent leurs
représentants afin de rappeler la mission de conseil, faisant partie intégrante de leur profession.
Cette mission de conseil est primordiale, notamment pour personnes les plus démunies.
Ainsi, j'ai accepté de publier la correspondance suivante :
François VIVET
Pharmacien
le 6 avril 2008
A l’attention de Monsieur Jean PARROT, Président de l’ordre national des Pharmaciens
Monsieur le Président,
Je viens par la présente vous faire part de mon indignation concernant une publicité télévisuelle lancée par les centres E. LECLERC à propos d’une certaine catégorie de médicaments. Permettez moi de manifester ma plus profonde tristesse devant le mépris dont fait preuve Monsieur Michel Edouard LECLERC au sujet du médicament en général, de notre métier et de la santé en particulier.
En effet, n’est-il pas affligeant d’assister de façon passive aux raccourcis simplistes mettant en scène des médicaments comme s’il s’agissait de biens de consommation banals ou de produits de luxe (pire encore lorsqu’on sait que la santé n’a pas de prix) ?
N’est-il pas choquant de laisser notre corps de métier se faire insulter et, de façon sous-entendue, traiter de voleur ? Cela démontre une méconnaissance certaine de notre profession et une volonté très « capitalistique » de se faire de l’argent sur le dos de la santé.
Nous n’avons pas de leçons à recevoir de personnes qui, sans scrupules, affichent récemment une hausse insolente des prix des biens alimentaires.
Vous n’avez pas affirmé votre désaccord concernant le passage en libre accès de certains médicaments d’automédication. Je vous en ai fait part lors d’un précédent courrier et vous m’avez répondu clairement.
Sachez que je ne partage toujours pas votre point de vue à ce sujet.
Après avoir consulté la liste officieuse des médicaments d’automédication devant être bientôt libres d’accès, je m’insurge de laisser et de voir notre maîtrise du conseil considérablement amoindrie. En effet, il devient extrêmement délicat de faire un bon conseil lorsqu’un patient, motivé par une mise en avant ou bien par le ressassement incessant de la publicité, vous pose une boite sur le comptoir.
Je suis un jeune pharmacien de 32 ans et, dans ma mémoire et dans mes lèvres, résonne encore le serment de Galien que j’ai fièrement déclamé. J’ai d’ailleurs promis à l’époque « d’exercer, dans l’intérêt de la santé publique, ma profession avec conscience et de respecter non seulement la législation en vigueur, mais aussi les règles de l’honneur, de la probité et du désintéressement ».
Certes comme tous mes confrères, je surveille le tableau de bord de mon officine et la progression du chiffre d’affaire de mon entreprise. Je le fais de façon à ce que celle-ci soit pérenne et que les emplois qu’elle génère soient viables ou, encore mieux, qu’elle soit créatrice d’emplois qualifiés. Je travaille 50 heures par semaine minimum dans mon officine et m’attache à ce qu’un pharmacien titulaire soit toujours présent avec son équipe de pharmaciens et de préparateurs. J’effectue régulièrement mes gardes au service de la santé publique.
Je suis fier de pouvoir dire que mes employés travaillent sans pression de rentabilité et que le seul leitmotiv de la bienséance au comptoir est la délivrance de médicaments et de bons conseils associés dans le respect de la déontologie pharmaceutique. C’est là , ma définition du désintéressement.
C’est pourquoi, je refuse de mettre à disposition du public des « médicaments » dont on connaît les conséquences d’un mésusage car je suis convaincu du caractère purement commercial et non déontologique de la mesure tout comme je suis convaincu que notre maîtrise en matière de conseil s’en trouvera fortement diminué compromettant la santé de nos patients. On me remercie tous les jours des conseils que notre équipe prodigue au quotidien, on ne me fait jamais part du coût excessif des médicaments d’automédication et des conseils délivrés.
Concernant les parapharmacies de grandes et moyennes surfaces et les « pharmaciens » qui sont à leur tête, je doute que leurs objectifs soient les mêmes que ceux de mon équipe en matière de conseil et de rentabilité. Je doute également de l’exercice de leur profession en totale indépendance. Je demande également que soient affichés, dans toutes les pharmacies et toutes les parapharmacie, les diplômes des pharmaciens titulaires ou responsables à l’instar des médecins sur leurs ordonnanciers, de façon à ce que le patient sache qui prend en charge sa santé au comptoir.
Concernant enfin le nombre de diplômes requis pour chaque structure, je demande également que les parapharmacies et les pharmacies soient soumises aux mêmes règles dès lors que les parapharmacies auraient l’autorisation (bien qu’absurde) de délivrer du médicament.
Ainsi, si le quotas de pharmaciens par tranche de chiffre d’affaire traduit une nécessité de présence pharmaceutique pour un certain nombre de clients, les parapharmacies des grandes et moyennes surfaces devraient se doter d’un nombre suffisant de pharmaciens inscrits à l’ordre des pharmaciens.
A moins que l’ensemble des médicaments d’automédication soient considérés comme des biens de consommation sans effet notoire tout comme (à regret) nos gammes de parapharmacie et de compléments alimentaires, ce dont j’ose douter.
Je vous remercie du temps que vous m’avez accordé et vous demande de vous positionner instamment sur la mauvaise publicité qui est faite sur notre profession.
Je vous pris d’agréer, Monsieur le Président, l’assurance de mon plein dévouement.
François VIVET
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